STOP au développement personnel

Pourquoi le développement personnel te fait plus de mal que de bien

J’ai longtemps résisté à publier cet article. Puis ces derniers jours, plusieurs personnes m’ont fait des partages qui résonnaient exactement avec mes réflexions. Le signe de l’Univers, comme on dit.

Alors voilà, je ne vais pas aller par quatre chemins : je n’en peux plus du développement personnel. Pour tout vous dire, je n’y crois plus du tout.

Oui, c’est bizarre de lire ça venant d’une coach de vie, thérapeute et professeure de yoga. Mais vous allez comprendre que c’est en fait logique parce que je n’ai jamais vraiment pratiqué le dev perso “classique” dans mon activité.

Par contre, en tant qu’individu, j’ai bien suivi ses dictats ces dernières années… jusqu’à ce que l’année dernière j’ose enfin m’avouer l’inavouable : ça me faisait plus de “mal” que de bien. J’ai donc décidé de dire STOP.

En réalité, ça faisait déjà un moment que j’observais un frottement entre ce que je ressentais comme profondément vrai en moi et les principes du dev perso. J’en avais même parlé en 2023 avec July Bruel dans l’épisode #5, lorsqu’elle expliquait pourquoi elle avait quitté le coaching business pour accompagner depuis un espace plus subtil, surtout parce que les leviers du coaching peuvent être “artificiels” et nous éloigner de qui nous sommes vraiment.

Alors, attrapez votre boisson préférée, enfilez vos chaussettes douillettes, et plongeons dans le vif du sujet.

De la spiritualité au piège du dev perso : mon parcours

Il faut savoir que je n’ai jamais été attirée par le développement personnel. Je me moquais même du titre “coach de vie”.

Mon truc, depuis très jeune, ça a toujours été la spiritualité. Par là j’entends le mystère de l’existence, cette énergie qui fait tout exister sans qu’on puisse la voir, la toucher ou l’attraper.

Petite, je restais parfois très longtemps devant le miroir, les yeux dans les yeux, ressentant qu’il y avait un décalage entre ce que je voyais et ce que je ressentais être. Comme si je ne faisais que regarder à travers ce corps, comme à travers une fenêtre.

L’autre chose qui a commencé à me passionner assez tôt : le comportement humain, la complexité des émotions, la psychologie, l’étude de ce qui fait que nous sommes comme nous sommes. Au point de compléter, quelques années plus tard, un Bachelor’s degree en Psychologie clinique.

Vous observerez que ni la spiritualité ni la psychologie ne cherchent l’optimisation, l’amélioration, l’atteinte d’objectifs. C’est plutôt une recherche pour se connaître, s’accepter, comprendre notre place dans le monde et dans le cosmos. Dans ces deux lunettes, notre épanouissement vient d’une sensation de complétude ou d’une acceptation de soi, et pas d’avoir “réussi” des choses ou d’être devenu quelqu’un d’autre. Presque l’opposé du dev perso.

Alors qu’est-ce qui s’est passé pour moi ?

La crise sanitaire a réveillé mon côté rebelle. Ça m’a fait rencontrer des personnes qui prônaient le “pouvoir personnel” : cette idée que tu peux créer ta propre réalité avec de la volonté, que tu n’as pas à être victime si tu décides d’être créatrice.

Quand le premier confinement a été annoncé, notre projet de centre de yoga social et solidaire venait tout juste d’ouvrir avec succès. Six mois après, on nous interdisait d’enseigner. J’avais l’impression que le monde marchait sur la tête !

J’ai donc décidé de remplacer ma frustration par de “l’empuissencement” (je ne connaissais d’ailleurs pas le concept à l’époque) et d’aider les autres à découvrir leur “pouvoir intérieur”. Et c’était franchement génial !

Sauf que… j’ai commencé à observer comment les principes du dev perso devenaient des injonctions qui nous emprisonnent au lieu de nous libérer.

Les dérives du développement personnel moderne

Ici je vais parler brièvement des deux plus grandes, mais c’est en réalité un vaste sujet.

1. L’illusion de la performance de soi

Le développement personnel nous pousse à optimiser notre vie comme une machine ou comme une entreprise, créant une pression constante d’amélioration qui nous éloigne de l’authenticité, et pire encore, qui nous éloigne du mouvement naturel de la vie et ses cycles en nous.

Cette approche peut mener à une violence envers soi-même, à l’opposé de l’ahimsa yogique que je pratiquais : le principe de non-violence, un principe si mal compris. Mais j’y reviendrai plus tard.

Cette illusion de la performance de soi on la retrouve dans des discours du style « il faut dépasser tes peurs », « il faut sortir de ta zone de confort », « il faut que tu sois positive », entre autres.

Mais restons quelques instants avec l’exemple de la peur. Ce discours sous-entend que la peur est mauvaise et qu’il faut l’éliminer. Pire, il nous fait culpabiliser si on n’arrive pas à passer à l’action parce qu’on a peur. Genre comme si on était faible ou fragile.

Croyez-moi, la peur est très humaine. C’est une réponse normale de notre système nerveux. Et même ceux qui disent ne pas avoir peur l’expérimentent. Mais peut-être sont-ils tellement déconnectés de leurs corps ou tellement entraînés dès l’enfance à l’ignorer, qu’ils ne l’identifient même plus.

La peur est non seulement normale, mais saine. C’est une information extrêmement importante que notre corps nous envoie pour nous protéger. Pour certaines personnes, la dépasser sans aller voir en profondeur ce qu’elle essaie de nous dire et sans faire le nécessaire pour que notre corps se sente en sécurité, pourrait être plus contreproductif qu’autre chose.

Chaque être est un monde à part entière. Dans certaines situations, et pour certaines personnes, oui, juste sauter le pas suffira à faire disparaître cette peur. Mais pour d’autres, ça risque de créer une expérience qui pourrait être vécue comme traumatisante et qui du coup empêcherait la personne d’essayer à nouveau dans le futur.

2. L’addiction à l’optimisation

L’autre dérive c’est que non seulement nous sommes poussés à optimiser notre vie, notre personne, notre santé, mais en plus nous développons une sorte d’addiction.

Le dev perso pur et dur promet des transformations rapides mais superficielles, créant une addiction à l’amélioration constante plutôt qu’une acceptation profonde de soi. Cette approche “quick-fix” néglige notre complexité d’être humain et génère plus de frustration que d’épanouissement. Je vais aller plus loin : ça génère plus de culpabilisation, ce qui génère un mal-être terrible. Sans parler de comment ça favorise la comparaison, un des grands fléaux de l’humanité.

Par exemple : je l’ai remarqué surtout dans les discours de mes clientes. L’une d’entre elles, malgré des résultats ressentis dans notre cheminement ensemble où elle commençait à s’éloigner de ses schémas répétitifs, n’arrêtait pas de regarder d’autres pratiques et outils trouvés sur Instagram et me demandait si c’était bien de les intégrer aussi.

Non pas que je sois contre des approches complémentaires, mais là je voyais que ça partait d’un espace de recherche, presque addictive du « plus, plus, plus ». Et quand elle a réussi à s’éloigner de ça, elle m’a partagé, comme si c’était un problème, qu’elle n’arrivait plus à « faire des choses en lien au dev perso » ; elle se sentait coupable de ne plus lire des livres dev perso ou d’autres contenus semblables !

Alors je lui ai dit qu’au contraire, c’était bon signe, que ça voulait dire que quelque chose en elle s’était apaisé, comblé, et que si elle devait aller voir d’autres choses, son corps ou la vie allaient bien lui faire savoir, qu’il suffisait de rester dans cette écoute et présence de ce qui est là. Nous ne sommes pas faits pour être dans l’optimisation constante.

Ce que j’ai décidé de faire à la place

Vous vous demandez peut-être alors quoi faire si le dev perso c’est mauvais mais que j’ai envie de m’améliorer parce que j’ai des aspirations ? Je vais donc vous partager ce que j’ai décidé de faire à la place.

Non, je ne vais pas vous vendre une énième approche. Ce que j’ai décidé de faire est pratiqué depuis la nuit des temps par des personnes comme Spinoza, Épicure, Einstein, entre autres.

J’ai décidé de revenir à mon approche d’origine : la connaissance de soi. Elle ne demande qu’une chose : l’observation sincère de soi avec amour et curiosité.

Je ne dis pas que c’est la seule et meilleure alternative, mais c’est celle avec laquelle j’ai retrouvé la paix.

Pour ça je m’inspire des courants que j’ai pu étudier dans le passé et que j’ai envie de vous partager.

Les enseignements yogiques : un autre chemin

Ahimsa – La non-violence envers soi

L’ahimsa, premier principe éthique du yoga, va bien au-delà de la non-violence physique. C’est une bienveillance radicale envers soi-même.

Dans le dev perso moderne, nous pratiquons souvent une violence subtile : nous nous jugeons pour nos “faiblesses”, nous nous imposons des changements forcés, et donc nous rejetons des aspects de nous-mêmes.

L’ahimsa nous invite plutôt à :

  • Accueillir nos résistances sans les forcer
  • Reconnaître nos limites comme des informations précieuses, non des échecs ou des défauts à changer absolument
  • Cultiver une parole intérieure douce
  • Respecter notre rythme naturel

Avec l’expérience je vois en plus comment ce principe amène aussi à l’Amour de soi et comment cet amour et douceur envers soi transforme parfois plus que la volonté de changer.

Svadhyaya – L’étude de soi comme voie spirituelle

Svadhyaya signifie “auto-observation”. Ce n’est pas de l’introspection narcissique, mais une enquête humble sur notre nature véritable.

Contrairement au dev perso qui cherche à “corriger” ou améliorer, svadhyaya cultive une curiosité bienveillante envers ce qui est. C’est un processus de révélation plutôt que de construction : nous découvrons qui nous sommes sous les couches de conditionnements.

Cette approche reconnaît que la sagesse que nous recherchons ailleurs (ou dans une autre personne) est déjà en nous. Il s’agit de la dévoiler, pas de l’acquérir de l’extérieur.

La sagesse de l’Advaita Vedanta : respecter nos cycles de vie

C’est un enseignement que j’ai reçu dans mon premier séjour en Ashram en 2012 et qui a résonné fort en moi depuis le début.

L’Advaita Vedanta nous enseigne les quatre ashramas – les étapes naturelles de l’existence :

  1. Brahmacharya (étudiant) : Phase d’apprentissage et de découverte
  2. Grihastha (maître de maison) : Engagement dans le monde, responsabilités
  3. Vanaprastha (retraite progressive) : Détachement graduel, approfondissement spirituel
  4. Sannyasa (renoncement) : Dévotion à la réalisation spirituelle

Chaque étape a sa propre tranche d’âge et sa propre sagesse. Par exemple, forcer quelqu’un de 25 ans à adopter le détachement d’un sage crée une dysharmonie. De même, demander à une personne de 60 ans de maintenir l’ambition effrénée de la jeunesse nie sa sagesse, sauf si c’est quelque chose de naturel chez la personne.

J’ai commencé à payer moi-même le prix des dégâts de cette dissonance il y a 3 ans avant de m’en rendre compte. Aujourd’hui je viens de fêter mes 50 ans et je sais que ma magie ne se trouve pas dans la « hustle culture ».

En contraste avec le principe de Sannyasa, le dev perso impose les mêmes objectifs à tous : productivité, optimisation, croissance constante, dépassement de nos peurs etc. L’Advaita nous rappelle que nous sommes déjà complets et que chaque étape révèle différents aspects de cette complétude.

L’intelligence émotionnelle comme boussole

C’est d’ailleurs un des piliers de mon approche professionnelle.

Plutôt que de chercher à “gérer” mes émotions, j’ai appris à les écouter comme des messagères qui me renseignent sur mes besoins profonds et mes valeurs authentiques. Je ne cherche pas à les changer ou libérer tout de suite, même si je suis praticienne EFT.

J’apprends à leur donner de la place, pas depuis un espace mental où je les analyse ou cherche à les comprendre ; mais depuis un espace concret et physique. C’est-à-dire que je ne cherche pas à les contrôler mais à les ressentir pleinement dans tout mon corps même si c’est parfois effrayant parce qu’on a tendance à croire qu’on va se faire envahir.

Alors qu’en réalité, je vois chez moi et chez mes clients que c’est parce que je leur donne la place et les ressens qu’elles se dissolvent véritablement. Parce que les émotions c’est de l’énergie en mouvement et c’est quand on les contrôle qu’elles deviennent dangereuses.

À ce sujet, je suis depuis peu les enseignements de Joe Hudson, coach de la Silicon Valley, dont le travail se base presque uniquement sur notre capacité à identifier et ressentir nos émotions.

“Guérir” vs optimiser : une distinction fondamentale

La guérison (même si je n’aime pas ce mot parce que je ne pense pas que nous sommes fondamentalement malades) implique d’accueillir, embrasser même, nos blessures et nos ombres. L’amélioration cherche souvent à les masquer ou les dépasser.

Cette distinction est fondamentale pour une connaissance authentique de soi. C’est à mon sens le seul moyen de devenir un être unifié et intègre. C’est la seule manière d’arrêter de projeter nos défauts, nos frustrations et nos blessures sur les autres.

C’est la seule manière de devenir de vrais adultes : en intégrant chaque partie de nous, pas forcément pour la changer, mais pour qu’elle soit enfin vue et arrête de faire « des crises », on va dire, qui se manifestent dans nos critiques ou nos mauvais choix par exemple.

Pour un dev perso au service de la vraie connaissance de soi et de la Vie

Alors, est-ce que je rejette complètement le développement personnel ? Pas tout à fait.

Je crois à un développement personnel par petites touches, celui qui cultive le discernement. Celui qui nous apprend à distinguer ce qui résonne vraiment en nous de ce qui nous est imposé de l’extérieur. Celui qui nous fait découvrir notre pouvoir intérieur ou notre pouvoir personnel, mais qui nous permet d’aller au-delà car nous ne pouvons naviguer la vie uniquement à coup de volonté. La vie a des mystères où la volonté n’a pas de place.

Pour moi, le vrai développement personnel, c’est celui qui reste toujours au service de la connaissance de soi authentique. Pas celui qui nous transforme en projet d’optimisation, mais celui qui nous révèle qui nous sommes déjà.

C’est un dev perso qui respecte nos cycles naturels, qui honore notre rythme, qui cultive la bienveillance plutôt que la performance. Un dev perso qui nous ramène à notre essence plutôt que de nous en éloigner pour devenir une meilleure version de nous.

Parce qu’au final, nous ne sommes pas des machines à optimiser. Nous sommes des êtres humains complexes et beaux dans cette complexité. Des êtres déjà complets qui méritent d’être approchés avec douceur et respect. Et surtout, nous sommes des individus chacun avec son histoire et besoins spécifiques. On ne peut pas tous rentrer dans le même moule !

Et c’est peut-être ça, la plus belle révolution : arrêter de chercher à devenir quelqu’un d’autre et commencer à découvrir qui nous sommes vraiment.

Aussi parce que dans cette nouvelle ère qui commence, nous sommes face à la décadence des approches purement « masculines » ou Yang : celles de la force brute, de l’action constante, de la conquête, du contrôle, de la linéarité, du dépassement, de la performance, de la productivité à tout prix. Nous sommes appelés plutôt à une meilleure compréhension de l’énergie Yin ou féminine (présente dans tous les êtres vivants !) : celle de la réceptivité, de l’intuition, de la cyclicité, de la patience, de l’accueil, de l’écoute, de la fluidité, de la présence et de la force intelligente.

Cette énergie Yin, c’est comme l’eau. L’eau qui est à la fois forte et douce, puissante et souple. L’eau qui ne force jamais, mais qui façonne les pierres les plus dures avec le temps. L’eau qui contourne les obstacles au lieu de les affronter de face. L’eau qui trouve toujours son chemin, qui s’adapte à la forme du contenant sans jamais perdre sa nature. L’eau qui peut être calme comme un lac ou puissante comme un océan, mais qui reste toujours elle-même.

C’est cette sagesse de l’eau que nous sommes invités à incarner désormais si nous voulons avancer dans une direction saine.

Il ne s’agit pas d’être passifs et de tout accepter. Il s’agit d’être à l’écoute et présents à ce qui est pour pouvoir agir (et non pas réagir) de la manière la plus naturellement intelligente ; celle qui sait utiliser l’énergie disponible en sa faveur au lieu de la combattre, la convaincre ou la forcer.

Chaleureusement,

Mybel

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