Et comment j’ai payé cher pour ne pas avoir écouté
L’autre jour, une participante de mon programme Be You m’a posé cette question :
“ Mais comment ça se fait que le corps sait avant la tête ? ”
Je répète souvent à mes client.e.s que le corps sait toujours. Que c’est là que se trouve notre vérité la plus pure. Qu’il ne ment jamais. Et que si on apprenait à l’écouter en premier, avant que notre mental nous convainque d’autres choses, on s’éviterait bien des souffrances.
Mais sa question est légitime. Parce que franchement, pourquoi on devrait faire confiance à des sensations corporelles plutôt qu’à notre capacité de raisonner, d’analyser, de peser le pour et le contre ?
Cette question m’a ramenée à une expérience que j’aurais aimé ne pas vivre. Une de ces fois où je n’ai pas écouté mon corps. Où j’ai préféré suivre la raison. Et où j’ai payé cher.
Alors, attrapez votre boisson préférée, enfilez vos chaussettes douillettes, et plongeons dans le vif du sujet.
Quand le corps dit “mieux vaut prévenir que guérir”
C’était il y a quelques années. J’étais encore seulement professeure de yoga et je cherchais à améliorer ma situation financière, à sortir de la précarité.
On m’a proposé un projet en collaboration avec deux autres personnes. Sur le papier, c’était prometteur. Une vraie opportunité car en plus elle correspondait à mes valeurs et répondait à mon aspiration de faire connaître le yoga à un plus grand nombre.
Mais dès le premier rendez-vous, mon corps a su ce qui allait se passer.
J’arrive et une de ces deux personnes était déjà sur place. Aussitôt la conversation entre nous ouverte, j’ai senti quelque chose de désagréable dans mon corps. Mes épaules et mes trapèzes se sont crispées. C’était comme si on venait de déposer une pression lourde sur mes épaules. À un moment, elle m’a dit quelque chose comme : “ Oui, j’ai déjà remarqué que tu es assez spéciale. ” ‘Spéciale’ dans le sens péjoratif où l’on l’utilise en France. Genre “un peu perchée”.
Puis tout mon corps s’est contracté, comme si j’étais entourée d’un lacet qui m’empêchait de bouger. Sa façon de se tenir. Si stoïque. Pas de bras croisés, mais son corps émanait une telle rigidité. Et ces sourires placés stratégiquement sur des phrases pour masquer son ton de moquerie ou de condescendance.
Avec la rapidité et la force d’un éclair, mon corps m’a dit : “ Ça va être difficile de travailler avec cette personne. N’y va pas. ” Vous savez peut-être que la communication est à 80% non verbale. Mon corps avait capté des choses dont je n’étais pas encore consciente. Il savait déjà.
La guerre des cerveaux
Les autres personnes sont arrivées et la réunion s’est poursuivie sans trop de difficulté. Le projet avait l’air trop bien, ça donnait vraiment envie. Alors mon cerveau rationnel s’est mis en marche : “ Écoute, c’est une super opportunité. Et puis si tu commences à voir que c’est difficile de travailler avec cette personne, tu vas poser tes limites. Tu sauras gérer. Vous êtes plusieurs, elle ne pourra pas prendre le dessus sur tout. ”
Ma tête a eu raison de moi. Elle m’a convaincu avec toute sa rationalité. Après tout, c’est comme ça que les adultes responsables prennent des décisions importantes, non ?
J’ai donc décidé d’ignorer royalement le message de mon premier cerveau : mon corps. Même quand en décidant de dire oui au projet, une petite voix m’a dit : “ Tu vas le regretter. ”
À nouveau, tout mon corps s’est crispé. À nouveau ce lacet qui m’empêchait de bouger. Mais j’ai dit oui quand même !
Quand ignorer son corps coûte cher
Fast forward : deux ans plus tard.
Je souffrais de crises d’angoisse la nuit. Pour être sincère avec vous, j’ai eu même des idées noires. Travailler avec cette personne était devenu non seulement difficile mais toxique. C’était horrible, mais peut-être que “horrible” n’est pas un mot assez fort pour ce que je vivais.
La façon dont cette personne s’adressait à nous, les manipulations, le manque d’ouverture son agressivité passive. Il fallait presque que les choses se fassent à sa façon, ou pas du tout. Et toujours ce ton, soit condescendant, soit très dictatorial, alors qu’il n’y avait pas de hiérarchie.
Je ne me sentais pas entendue. Je me sentais souvent un peu rabaissée, comme si on abusait de mes capacités. Je n’étais pas reconnue pour ce que je fournissais et on me demandait toujours plus. Progressivement chaque réunion est devenu une torture. À la fin, j’y allais en reculant avec la boule au ventre.
Autant vous dire que j’ai frôlé de très très près un burn-out. Et on sait aujourd’hui qu’un burn-out n’est pas le résultat de trop travailler, mais d’avoir ignoré trop longtemps des besoins émotionnels essentiels à notre santé.
Je me souviendrai toujours de ce Noël là, ce dernier Noël à travailler avec cette personne. Il m’a fallu beaucoup de temps pour me détendre et me sentir enfin en vacances. Et même comme ça, une partie de moi continuait d’angoisser.
Tout mon être l’a payé cher. Jusqu’au moment où j’ai trouvé ma porte de sortie.
La sagesse du corps revalorisée
Il ne me restait plus que me rendre à l’évidence : mon corps avait voulu me prévenir car il savait. Je l’avais senti tout de suite. Dès le premier rendez-vous. Mon corps m’avait dit : “ ça va être difficile. N’y va pas. ”
Comment c’est possible que mon corps savait avant moi ? Avant ma partie rationnelle et consciente. Alors voici ce que j’ai compris depuis :
1- Mon corps a capté ces 80% de communication non verbale que je ne pouvais pas analyser consciemment. Mon système nerveux a enregistré des choses immédiatement, à la vitesse de la lumière : sa rigidité, ses sourires stratégiques, son ton.
2- Ces sensations physiques que j’ai observé lors de ce premier rendez-vous, c’est de l’intuition. Oui, l’intuition, ce n’est pas quelque chose de mystique. C’est juste nos ressentis corporels qui nous donnent une information. Notre vérité à l’état le plus pur.
Une vérité qui ne passe pas par le mental, qui lui peut être trompé par ce qu’on appelle les biais cognitifs. Ces raccourcis que fait notre cerveau pour nous aider à décider plus rapidement. Mais qui nous induisent parfois en erreur.
3- Notre corps, lui, fonctionne à une vitesse supérieure. Ce que certains appellent notre cerveau reptilien. Il réagit instantanément. Parce que tous nos systèmes physiologiques n’ont qu’un objectif : garantir notre survie, notre sécurité, notre bien-être.
Pourquoi je n’ai pas écouté mon corps ?
Parce que je suis comme tout le monde.
Depuis des générations, depuis qu’on ne court plus devant les lions, on a inversé les priorités. On a développé notre rationalité et notre logique. Notre intelligence corporelle est passée au second, voire au troisième plan.
À l’école, on nous a appris à réfléchir, à analyser, à être “rationnels”. Pas à écouter notre corps. Dans tous les cas, pas comme un canal pour recevoir des informations précieuses pour prendre des décisions ou nous guider dans la vie. C’est devenu comme quelque chose d’obsolète.
J’ai été élevée comme la plupart d’entre nous ici en Occident. Alors j’ai fait comme on m’a appris : j’ai écouté ma tête car le corps on ne l’écoute que pour le plaisir ou quand on est malade.
Un apprentissage évolutif
Ça fait des années, surtout ces derniers 10 ans, que je m’entraîne à donner cette priorité à la sagesse de mon corps. Non seulement à être à l’écoute de ce qui se passe en moi, mais à ne pas remettre les informations qui me donnent mon corps en cause. À lui accorder la crédibilité qu’il mérite.
Parce que je sais que c’est là que se trouve ma vérité. Celle qui va dans le sens de ma préservation et de mon mieux-être. Mais c’est toujours work in progress car 10 ans de pratique ne peuvent pas renverser en un claquement de doigts l’empreinte de ce qu’on nous transmet depuis des générations.
La preuve : je viens de passer 4 mois à suivre des ateliers de Danse Mouvement Thérapie et de Mouvement Authentique. Des approches qui se basent uniquement sur l’intelligence du corps pour libérer ce qui vient de notre psyché, de nos émotions, et qui s’est imprimé dans notre corps.
Lors du dernier atelier, j’étais allongée au sol. Les yeux fermés comme il est normal dans un atelier de mouvement authentique. Je laissais mon corps s’exprimer, sans consignes, sans musique. Juste en suivant ses impulsions tel que le demande cette pratique.
J’étais dans un mouvement très lent et par moments, statique. Et chaque mouvement m’amenait au prochain moment de quiétude.
À côté de moi, un autre participant sautait. Des sauts rythmés. Au début, je trouvais ça agréable d’avoir cette cadence à côté, alors que moi j’étais si lente.
Et tout d’un coup, une peur s’est réveillée : “ Mais cette personne a aussi les yeux fermés. Et si en sautant elle tombait sur mon pied et me l’écrasait ? ” La pulsion dans mon corps était claire : bouge, protège-toi.
Mais mon mental, ma raison, est intervenue immédiatement : “ Non mais aie confiance. La professeure a dit vingt mille fois qu’en quinze ans d’expérience, elle n’a jamais vu un seul accident. Personne ne s’est jamais fait mal. Fais confiance ! ”
La raison essayait de me convaincre d’avoir confiance. Mais j’ai remarqué que c’était une confiance artificielle. Je me retenais de bouger. Je me retenais de suivre la pulsion authentique de mon corps.
Et qu’est-ce qui s’est passé dans mon corps ? Tout était crispé. Je n’étais plus dans le mouvement authentique. J’étais en train de réprimer quelque chose qui pulsait en moi. Jusqu’à ce que je m’autorise.
J’ai suivi la pulsion de mon corps. Elle ne m’invitait pas à sortir en courant. Elle m’invitait à bouger tranquillement, lentement, jusqu’à une position où je me sentais en sécurité. Quand je me suis autorisée à suivre cette pulsion, j’ai ressenti un soulagement incroyable.
Mon corps s’est détendu. Ma poitrine s’est ouverte. Ça circulait à nouveau à l’intérieur. Tous mes muscles se sont relâchés. C’était extrêmement libérateur.
Et plus que libérateur : j’ai senti que par cette action je m’aimais plus que jamais. J’ai ressenti tellement d’amour et de gratitude pour moi-même. Parce que j’ai vu à quel point, plus qu’un mouvement de peur, il s’agissait d’un mouvement d’Amour.
C’est à cet instant que j’ai compris que la confiance, ce n’est pas toujours de se lancer les yeux fermés avec volonté. La confiance, c’est aussi écouter notre mouvement de protection.
Ce que je sais maintenant
Même après 10 ans de pratique intense. Même après toutes ces formations. Même en ayant appris tout ça. Je cohabite encore avec ce conflit intérieur. Entre laisser le corps parler et le juger. Entre suivre mon intuition et la remettre en question avec ma raison.
Parce que ça fait des années qu’on nous entraîne à donner plus d’importance à la logique. Et l’expression corporelle, l’inconscient, les peurs n’appartiennent pas au monde du rationnel.
Alors si vous vous demandez pourquoi c’est si difficile d’écouter votre corps, maintenant vous avez une petite idée.
Ce n’est pas parce que quelque chose manque en vous. C’est parce qu’on nous a appris l’inverse pendant des décennies. Et réapprendre à écouter cette sagesse, et la suivre sans la questionner, c’est un chemin. Un processus qui prend parfois du temps.
Je vous souhaite de vous connecter de plus en plus avec la sagesse de votre corps avec douceur et patience.
Et de vous rappeler que quand votre corps vous dit quelque chose — même si ça ne fait aucun sens — c’est une vérité. La votre. Et elle mérite d’exister.
Chaleureusement,
Mybel
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